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Articles avec histoire

" Ombres et lumières de l'OUN "

par Bogdan Mytrowytch

publié dans histoire

 

En lisant ce livre écrit par le dirigeant politique ukrainien Lev Rebet "Svitla i Tini OUN"(Ombres et Lumières de l'OUN /Organisation des Nationalistes Ukrainiens/). J'ai compris que cette organisation ukrainienne, clandestine en Ukraine Occidentale, entre les deux guerres, sous domination polonaise, était très structurée, et très populaire, surtout parmi la jeune génération dont la plupart étaient des étudiants.

L'auteur, lui même est issu de cette génération, ce dernier livre qu'il a écrit, n'est sorti que 7 ans après son assassinat par un agent du KGB à Munich le 12 octobre 1957. Le livre est préfacé par Bohdan Kordiuk, qui fut aussi, avant Lev Rebet un dirigeant de l'exécutif de l'OUN en Ukraine (de mai 32 à janvier 33) et la postface par Daria Rebet, sa femme, qui est l'un des fondateurs du Conseil Suprême de Libération Ukrainien (UHVR) en Juillet 1944 en Ukraine . Il fut édité par l'édition"Ukrajinskij Samostijnyk" en ukrainien.

Ce livre montre d'une manière claire et détaillée, le fonctionnement d'une organisation dont Lev Rebet était le dirigeant à partir (de février 1935 à février 1939) de l'exécutif de l'OUN en Ukraine occidentale. Après, l'auteur fut arrêté par la police polonaise, et ne fut libéré qu'au début de la seconde guerre mondiale. Donc, pour comprendre la situation de cette organisation illégale, que fut l'OUN sous l'occupation polonaise, entre les deux guerres... j'ai pris quelques points du livre, qui sont "des clés" pour la politique interne et externe de cette organisation dans les années trente.

L'OUN a été créé en 1929 à Vienne. Le colonel Evhen Konovaletz, a été choisi dans ce contexte comme le chef d'une organisation, qui était déjà très hétérogène. D'un côté, dans les pays étrangers, où se trouvait la diaspora ukrainienne, elle était composée d' anciens officiers, et soldats de l'armée ukrainienne, représentants la génération aînée, qui s'est battue pour l'indépendance en 1918, et contrastant ainsi, avec celle de la jeune génération en Ukraine Occidentale, qui était très critique vis à vis de leur parents, les accusant d'être en partie responsable de la perte de cette indépendance.

Lev Rebet avait un rapport constant avec Evhen Konovaletz, soit en le rencontrant à l'étranger, soit en voyant Anna Chemerynska en Ukraine, qui était l'envoyée " du grand chef". Les rapports avec Evhen Konovaletz furent constructifs malgré un contexte qui n'était pas du tout simple...

Ce qui est intéressant de constater en lisant ce livre, c'est que cette organisation en Ukraine occidentale, comptait beaucoup d'adhérents, et autour il y avait beaucoup de sympathisants qui représentaient un apport potentiel. De plus, elle avait une structure quasi-militaire, du fait de sa clandestinité. Son siège principal était la Maison Académique (Akademitchnij Dim) à Lviv, Dans cette maison des étudiants ukrainiens, on y trouvait des jeunes de toute l'Ukraine occidentale. L'organisation OUN en Ukraine, a ainsi commencé en Galicie d'abord, s'est propagée en Volhynie, et en Ukraine Transcarpathique, dans les années trente.

Lev Rebet en devenant responsable en 1935 de cette grande organisation, a dû remobiliser les adhérents, qui se trouvaient alors dans un désarroi total .En effet, en 1934, des arrestations massives par la police polonaise on eut lieu. Stepan Bandera, qui était le prédécesseur de Lev Rebet à ce poste (de 1933-1934), fut arrêté avec beaucoup d'autres dirigeants et militants. Cela s'est fait suite à l'assassinat perpétré contre le ministre de l'intérieur polonais Bronislav Pieracki, qui était le responsable de la répression, à l'encontre des paysans ukrainiens, que les autorités polonaises nommaient "la pacification".

Donc, une situation complexe à gérer pour lui... surtout que des dirigeants ukrainiens arrêtés, avaient des prétentions sur l'entourage direct de Konovaletz. En effet, avant les arrestations, la police tchécoslovaque a fait une perquisition au siège de l'OUN à Prague, et a saisie tout le fichier des membres de l'OUN, qui s'y trouvait...

A l'époque à Prague, comme Vienne, Berlin, Kaunas et Paris se trouvait des représentations de l'OUN. Elles étaient donc gérées par des personnes proches d'Evhen Konovaletz. Les dirigeants arrêtés accusèrent trois personnes d'être en fait des agents de l'état polonais, cette affaire que l'on nomma "Arkhiv Senyka".

Cela produisit une tension grandissante au sein de l'Organisation, qui après l'assassinat d'Evhen Konovaletz par le NKVD en 1938 à Rotterdam, entraîna une scission en son sein ( Banderivsti / Melnekyvtsi ) en 1941 . Lev Rebet prendra parti pour "les Banderistes", qui représentaient les membres en Ukraine, alors que "les Melnekystes" étaient pour la plupart des membres de l'OUN, vivant dans la diaspora .Ce qui ne l' empêchera pas d'être critique vis à vis de "son groupe politique", y compris Bandera, et prendre ces distances avec lui plus tard, en fondant avec Zenovij Matla une troisème OUN en 1954 que l'on nomma "les Dvikari"...

Dans le livre, Lev Rebet parle aussi du rapport tendu entre les partis ukrainiens légalistes, qui se trouvaient au parlement polonais. l'OUN, qui les jugeaient comme "des collaborateurs potentiels". De même, avec l'église gréco-catholique dirigé par le métropolite André Sheptycky, qui condamnait les actions terroristes de l'OUN . Donc, outre l'occupant polonais, les rapports ne furent pas simples avec certaines institutions ukrainiennes...même si l'OUN pratiquait un "entrisme" dans des associations ukrainiennes tel que "Prosvita", association caritative ukrainienne, qui aidait les personnes.

La proclamation de l'indépendance de l'Ukraine le 30 juin 1941, dont l'auteur était vice- premier ministre, fut aussi marquante. Ce acte n'était pas du tout du goût des allemands, ce qui provoqua l'arrestation du gouvernement dirigé par Yaroslav Stetsko, dont l'auteur qui se retrouva à Auschwitz... Ensuite, les nazis menèrent une répression générale à l'encontre des membres de l'OUN en septembre 1941.

Ainsi se termine ce livre, sorti en 1964 à Munich, qui constitue un témoignage autobiographique fort intéressant, sur cette époque mouvementée. A l'occasion de la soixantième année de l'assassinat de ce grand dirigeant politique, il serait bien, que ce livre soit édité en Ukraine. Les problèmes posés y constituent une bonne source de réflexion politique pour une société ukrainienne d'aujourd'hui, tourmentée par son avenir.

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