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Les dissidents ukrainiens

par Bogdan Mytrowytch

publié dans histoire

 

 

En France, quand on parle de dissidents elle est symbolisée par Soljenitsine avec la publication de l’Archipel du Goulag .La dissidence ukrainienne est quasiment-inconnue en France. Un nom comme celui de Ivan Dziouba, n’évoque rien pour un français moyen. Ce fut lui pourtant le symbole de la dissidence politique dans les années soixante au régime soviétique en Ukraine avec son livre culte « Internationalisme ou Russification ».

 

La caractéristique de tous ces dissidents était de contester ce régime, il n’était pas question de le renverser le système. Ce que l’on nommait « les Chestydesyatniky (« les personnes des années soixante ») en Ukraine, étaient souvent issus des familles de la Nomenklaltura. La bataille qu’ils menaient étaient résolument légalistes, ce qui marque la différence avec le mouvement nationaliste OUN des années trente, quarante et cinquante. La plupart d’entre eux, étaient membres du parti communiste. Leur critique se faisait à partir des positions marxistes, que ce soit avec Ivan Dziouba, Viatcheslav Tchornovil et Levko Loukianenko. Ce qui indisposait une partie de la diaspora ukrainienne, qui avait une vue très radicale des choses, et pour qui cette lutte légaliste était vouée à l’échec, si ce n’est de faire le jeu du système…

 

Heureusement, dans la diaspora ukrainienne il y avait des groupes politiques compréhensifs qui étaient rassemblés autour de certaines maisons d’éditions, tel que Prolog et Smoloskyp. C’est eux, qui aidèrent ces dissidents ukrainiens à faire entendre leur voix en Occident. Le livre de Ivan Dziouba « Internationalisme ou Russification », de même que » Le Malheur d’Avoir Trop l’Esprit » de Viatcheslav Tchornovil ont pu paraître en France, ainsi que d’en d’autres pays occidentaux. Grâce à des réseaux de passeurs, et aux chancelleries occidentales, et aux hommes d’affaires ; des personnes enfermés dans les prisons, ou envoyé au Goulag, ont même pu faire paraître leurs écrits. Il est vrai, que les éditions en question en Occident percevaient des subventions de différentes fondations privées, qui pour la plupart étaient américaines…mais cela n’enlevaient en rien la justesse de leur combat !

 

Comme on l’a dit au début de l’article ce furent les Chestydesyatniky, qui occupèrent cette dissidence en Ukraine, elle s’est faite lourdement réprimée par le pouvoir en place dès 1965, puis ensuite en 1972.Les dissidents défendaient la langue ukrainienne, et tout ce qui faisait partie de la libre expression culturelle qui remettait en cause la culture étatique que l’on nommait « le social réalisme ». La figure emblématique en fut Vassyl Symonenko. Certes, ces groupes qui étaient marginaux au départ, mais qui avec les répressions se faisaient de plus en plus nombreuses et radicales. Cette radicalité, s’est traduite dans les fait par la politisation de ces différentes personnes qui pour la plupart étaient déjà réprimées ou au but des répressions. Puis, d’autres personnes, dans le début des années soixante- dix, tel que Leonid Plioutchtch, en solidarité avec des dissidents réprimés comme Youri Galanskov et Iouli Daniel en Russie, et Ivan Svitlytchnyj et Evhen Svertiouk en Ukraine, sont devenus aussi dissidentes, alors qu’ils ne l’étaient pas du tout au début.

 

Ces deux vagues répressives en 65 et 72 transformèrent un mouvement culturel « les Chestydesiatnyky » en mouvement politique…Ce fut similaire aussi dans les Pays Baltes, dans les pays du Caucase…et en Russie. Des contacts étroits se sont noués entre les différentes nationalités, et notamment au Goulag, ce qui provoqua une coordination de ces mouvements nationaux. Ce fut aussi ici la rencontre de ceux qui combattirent les armes à la main avec ceux, qui menèrent le combat pacifiquement, notamment avec les membres de l’armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA).

 

C’est ainsi, que suite aux accords d’Helsinki en 1976 sur l’Europe, furent créé des groupes pour l’application des accords d’Helsinki, à Moscou, en Ukraine, en Géorgie, en Arménie et en Lituanie. En effet, une clause des accords d’Helsinki « prévoyait la libre circulation des hommes et des idées », signé par différents gouvernements, y compris celui de l’URSS. Ce qui permit aux dissidents de s’engouffrer dans cette ouverture- là. Ce furent des personnes courageuses, car la presque totalité de ces personnes fut réprimées, avec des peines allant pour certains jusqu’à 15 ans de privation de liberté résumé par le Goulag, tel que Vassyl Stous et Valentin Moroz. D’ailleurs, ce n’est pas par hasard, que des peines les plus lourdes étaient attribuées aux ukrainiens, qui formaient le groupe le plus nombreux dans le Goulag, ensuite, c’étaient les ressortissants des Pays Baltes et les Tatares.

 

Aussi, le fait que des groupes que l’on définissait comme des dissidents, qui n’étaient pas un mouvement de masse, a eu pour l’effet d’ébranler le système soviétique. Quelques années plus tard les dirigeants de l’empire soviétique ont dû faire la Perestroika, qui a précipité la chute de l’empire soviétique. Ce qui est intéressant de constater, c’est que la formation de » Fronts Populaires pour la Perestroika » dans les républiques non russes, regroupant différents groupes, allant aussi bien de membres du PCUS aux dissidents, furent là vraiment des mouvements de masse… Ce fut le cas du ROUKH en Ukraine, de SAJUDIS en Lituanie, et des mouvements réformateurs dans toute l’Union Soviétique…et là, ce fut la chute de l’empire, que Poutine nomma comme « une des plus grandes tragédie du vingtième siècle ».

 

Chute, qui a surpris beaucoup de monde en Occident, y compris dans la diaspora de ces pays respectifs. En effet, beaucoup pensaient à tort, que seule une guerre, mettrai fin à l’existence de « la puissance aux pieds d’argiles » que fut l’URSS.

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